La chercheuse noire
Kloé Arulappan

Afro-descendants & indo-descendants
La Réunion · Antilles · Guyane · Mayotte · Hexagone

La chercheuse
noire

Savoirs scientifiques et techniques certifiées de libération émotionnelle, pour notre réparation transgénérationnelle.

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Tu ne sais pas par où commencer ? Fais d'abord le test offert, ce que tu portes : un vrai questionnaire, construit pour les afro et indo-descendants, avec un socle psychologique et anthropologique.

Accompagnement et transmission.
Ni suivi médical, ni remplacement d'un médecin ou d'un psychologue.

Notre histoire en dates

Ça n'a pas commencé en 1848.

On nous fait démarrer à l'abolition, comme si avant il n'y avait rien et comme si après on avait attendu. Voilà la vraie ligne.

628Inde

Le mathématicien Brahmagupta écrit noir sur blanc ce que fait le zéro, et invente le calcul avec les nombres négatifs, qu'il appelle des dettes. Tout ce que tu tapes sur une calculatrice vient de là.

1324Empire du Mali

L'empereur Mansa Moussa traverse le Sahara pour aller à La Mecque. Il entre au Caire le 19 juillet, y reste trois mois, et distribue de l'or tout au long du chemin. À son retour, il fait bâtir la grande mosquée de Tombouctou.

XVe et XVIe siècleTombouctou, Mali

Autour de la mosquée de Sankoré, un réseau d'écoles et de copistes. On y recopie des traités d'astronomie, de médecine et de droit. L'Afrique enseignait et écrivait des siècles avant la traite.

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Qui je suis

Kloé Arulappan
Kloé Arulappan
Anthropologie · Mémoire · Corps · Transmission

D'abord j'ai vécu. Ce dont je parle ici, je ne l'ai pas lu en premier. Je l'ai traversé, dans ma famille, dans mon corps, et je l'ai vu chez d'autres avant de savoir le nommer.

Ensuite j'ai cherché. Pas pour comprendre en général, pour comprendre précisément. Ce que l'esclavage, l'engagisme et la colonisation ont laissé dans nos familles n'est pas flou et ce n'est pas doux. Ce sont des dégâts, et ils ont des noms. Psychologiques. Neurologiques. Gynécologiques. Ils se voient dans les consultations, dans les chiffres publics quand quelqu'un prend la peine de les produire, et dans tout ce que nos vieux n'ont jamais dit.

Aujourd'hui je transmets. Je ne parle pas de ces familles depuis un bureau. Je vais voir. Ce que je transmets vient de deux endroits : les archives et les textes d'un côté, ce qui se passe réellement dans les maisons de l'autre. Et je ne transmets que ce que j'ai vérifié moi-même.

Ma mission

Rendre le savoir sur ce qui nous est arrivé, et le rendre utilisable. Pas pour ruminer. Pour que ça s'arrête à nous.

Ce à quoi je tiens

Sourcer.Chaque chose que j'avance a un auteur, une date et un texte. Quand je n'ai pas la source, je le dis plutôt que de combler.
Ne pas adoucir.On parle d'esclavage, d'engagisme et de colonisation. Je ne fais pas passer ça en douceur pour que ça se vende mieux.
Ne rien promettre.Je ne répare personne à sa place. Je donne du savoir, des repères et des outils, et c'est déjà beaucoup.
Nommer.Afro-descendants et indo-descendants. La Réunion, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Mayotte et la diaspora. Jamais "tout le monde", parce que tout le monde n'a pas vécu ça.
Corriger.Quand je me trompe, je le dis publiquement et je répare. C'est la différence entre chercher et avoir raison.
Transmettre aux enfants.Ce qui s'arrête à moi ne repart pas dans la génération d'après. C'est le but de tout le reste.

Éducatrice spécialisée et psychopraticienne, formée aux techniques de libération émotionnelle. J'étudie l'anthropologie, l'ethnologie et la sociologie.

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Pour aller plus loin

La base, si tu veux creuser.

Tout ce qui ne tenait pas sur cette page est ici, entier et sourcé. Ouvre ce qui t'intéresse.

Trois dates qu'on nous apprend mal

1848. L'abolition dans les colonies françaises. Les registres des nouveaux libres donnent enfin un nom d'état civil à des gens qui n'en avaient pas officiellement.

1828 à 1933. L'engagisme. Environ 200 000 engagés arrivent à La Réunion, dont 117 000 venus d'Inde et 37 000 d'Afrique. Aux Antilles et en Guyane, plus de 96 000 après 1848, dont 79 % venus d'Inde. Un quart des engagés indiens mouraient avant la fin de leur contrat.

2001. La loi Taubira reconnaît la traite et l'esclavage comme crime contre l'humanité, et demande que ça soit enseigné.

Portail Société de plantation, Musée de Villèle, Département de La Réunion. BnF Patrimoines Partagés. Michèle Marimoutou, Les Engagés du sucre.

La Réunion, 1970 : 844 avortements en un an

En mars 1970, l'affaire de la clinique de Saint-Benoît éclate. Le procès établit 844 avortements dans cette seule clinique pour la seule année 1969, soit plus d'un sur quatre recensés sur l'île. Beaucoup étaient facturés à la Sécurité sociale comme des appendicectomies. Trente-six femmes ont porté plainte.

Au verdict du 5 mars 1971, deux condamnations, les autres médecins relaxés, le tribunal se déclarant incompétent sur le volet des stérilisations. Les femmes ont été déboutées. Aucune réparation.

Le nombre total de femmes concernées reste inconnu : les registres n'ont pas été retrouvés et aucune enquête publique n'a jamais abouti. C'était au même moment que les enfants réunionnais étaient envoyés dans la Creuse.

Proposition de résolution n° 1517, Assemblée nationale, 19 décembre 2018, restée sans suite. Françoise Vergès, Le Ventre des femmes, Albin Michel, 2017.

Les femmes seules, ce n'est pas une fatalité culturelle

Au recensement de 2021, 53 % des enfants mineurs en Guadeloupe et 55 % en Martinique vivent en famille monoparentale, et quatre sur dix à La Réunion, contre 23 % des enfants en France en 2023. À Mayotte, 41 % des familles avec enfants sont monoparentales.

On nous explique ça par les gens. L'histoire dit autre chose : pendant l'esclavage, la famille n'avait aucune existence légale, les unions étaient défaites au gré des ventes, et la filiation paternelle n'était pas reconnue. Ce qui a été empêché pendant deux siècles ne se reconstruit pas en deux générations.

INSEE Analyses Guadeloupe n° 84 et Martinique n° 75, janvier 2025, d'après le recensement 2021. INSEE, Dans quelles familles vivent les enfants en 2023 ?, 2025. INSEE Flash Mayotte n° 203, février 2026.

Et les hommes, dans tout ça

Commençons par ce qui ne se discute pas : sous l'esclavage, le père n'existait pas en droit. Le Code noir de 1685 le dit noir sur blanc. Article 12, les enfants nés d'esclaves appartiennent au maître de la mère, pas du père. Article 13, si le père est libre et la mère esclave, l'enfant est esclave quand même. Article 28, un esclave ne peut rien posséder. Article 31, il ne peut pas aller en justice sans son maître.

Traduction concrète : un homme réduit en esclavage n'avait aucun moyen légal de transmettre un nom, de protéger, de nourrir en propre, d'aller réclamer son enfant. L'article 47 interdisait bien de vendre séparément le mari, la femme et les jeunes enfants, mais seulement au sein d'un même maître, et il a été contourné en permanence. Ça, c'est du droit, pas du ressenti.

Côté recherche, Livia Lesel décrit un père rendu invisible dans Le père oblitéré (L'Harmattan, 1995). Stéphanie Mulot travaille la question du côté des hommes eux-mêmes, avec "Redevenir un homme en contexte antillais post-esclavagiste et matrifocal" (Autrepart, 2009), puis un travail de 2023 qui montre que ça bouge, que des pères reprennent une place, et que le modèle n'est pas figé.

Et maintenant la partie honnête, celle qui permet de tenir la discussion. La thèse "matrifocalité égale héritage direct de l'esclavage" est contestée, et sérieusement. Christine Chivallon soutient que c'est en grande partie un mythe qui ne tient pas dans les statistiques de ménage. Elsa Dorlin et Michel Giraud soutiennent que la catégorie même de famille matrifocale est un regard colonial posé sur nous. Myriam Cottias et Arlette Gautier montrent, archives à l'appui, que plusieurs modèles familiaux ont coexisté, y compris des modèles patriarcaux. Mulot leur répond en 2013 : les statistiques de ménage ne captent pas le phénomène, la matrifocalité est une manière de faire lien, pas un type de foyer. Donc on ne défend pas un chiffre, on décrit une dynamique.

Un dernier point, et il faut le dire plutôt que de bluffer : vivre en famille monoparentale n'est pas la même chose qu'avoir un père absent. L'INSEE compte des ménages, pas des liens. Et sur la question que tout le monde pose, la part d'enfants non reconnus par leur père à la mairie, il n'existe pas de statistique publique récente par département d'outre-mer. Quand on en parle, on en parle sans chiffre officiel.

Code noir, édit de mars 1685. Livia Lesel, Le père oblitéré, L'Harmattan, 1995. Stéphanie Mulot, Autrepart 2009, L'Homme 2013, Recherches familiales 2023. Christine Chivallon, La diaspora noire des Amériques, CNRS Éditions, 2004. Arlette Gautier, Les Sœurs de Solitude. Bernard Moitt, Women and Slavery in the French Antilles, Indiana University Press, 2001. INSEE Analyses Guadeloupe n° 84, janvier 2025.

Le corps des femmes

Aux Antilles françaises, l'historienne Arlette Gautier a montré que l'esclavage a assigné aux femmes une fonction de reproduction en plus du travail. Après l'interdiction de la traite, les colons, privés de nouveaux arrivages, ont mis en place des politiques pour leur faire produire des enfants.

Aux États-Unis, entre 1845 et 1849, le chirurgien James Marion Sims a opéré à répétition des femmes réduites en esclavage pour mettre au point la réparation de la fistule vésico-vaginale. Trois sont nommées dans ses propres écrits : Anarcha, Betsey et Lucy. Anarcha a subi une trentaine d'opérations. Sans anesthésie, alors que l'éther était disponible dès 1846. Il est considéré comme le père de la gynécologie moderne.

Arlette Gautier, Les Sœurs de Solitude, PUR, 2010. Monica Cronin, Anaesthesia and Intensive Care, 2020. Deirdre Cooper Owens, Medical Bondage, 2017.

Notre santé, mal mesurée

En Guadeloupe, sur 899 hystérectomies pratiquées entre 2010 et 2015, des fibromes étaient l'indication dans 66,5 % des cas. Le profil des femmes afro-caribéennes est proche de celui des Africaines-Américaines, pas de celui des femmes de l'hexagone. À l'échelle internationale, l'incidence cumulée des fibromes à 50 ans est d'environ 80 % chez les femmes noires contre 70 % chez les femmes blanches.

Sur l'endométriose, la littérature décrit un sous-diagnostic chez les femmes noires. Moins diagnostiquées, ce n'est pas moins malades.

Sur la santé mentale, les deux grandes enquêtes publiques françaises donnent des résultats opposés selon l'outil de mesure employé. Ma lecture : ce qui est mal mesuré est mal financé.

Kadhel P. et al., 2020. Baird D.D. et al., 2003. INSEE Analyses Réunion n° 59 (EHIS 2019) et BEH n° 2, Santé publique France, 2023.

Ce n'est pas gravé

Non, le traumatisme de l'esclavage ne s'est pas inscrit dans notre ADN. L'hérédité épigénétique sur plusieurs générations n'est pas démontrée chez l'humain.

Je ne m'en sers pas comme preuve, même si la phrase ferait un très bon post.

Ce que les chercheurs observent, c'est autre chose : chez les personnes qui ont vécu beaucoup d'adversité, on trouve des différences sur des marqueurs situés autour de l'ADN. Le champ est jeune.

Mais on sait déjà une chose : ces marqueurs ne sont pas fixes. Ils bougent avec ce qu'on vit. Une seule séance de sport suffit à en modifier.

Et le plus solide : la sécurité et le lien changent la biologie du stress. Quand un enfant placé retrouve un adulte qui répond vraiment, sa production de cortisol se réajuste. Montré en essais contrôlés, et répliqué.

Un corps qui a appris le danger peut réapprendre la sécurité. C'est ça le travail.

Parade S. et al., 2021. Barrès R. et al., Cell Metabolism, 2012. Heinrichs M. et al., 2003. Dozier M. et al., 2021.

Sur qui je m'appuie

Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Seuil, 1952. L'épidermisation de l'infériorité : le mépris colonial ne reste pas dehors, il rentre dans la peau et on finit par se juger avec les yeux du colonisateur.

Karima Lazali, Le trauma colonial, La Découverte, 2018. La colonisation a effacé des noms, des filiations et des morts, et ces blancs dans l'histoire travaillent encore les familles.

Myriam Cottias, La question noire, Bayard, 2007. Historienne au CNRS, fondatrice du CIRESC. Elle montre comment la catégorie a été fabriquée par la colonisation elle-même.

Malcom Ferdinand, Une écologie décoloniale, Seuil, 2019. Il relie l'exploitation des corps et celle des terres, et travaille le chlordécone comme un prolongement du système colonial.

Françoise Vergès, Le Ventre des femmes, Albin Michel, 2017. Comment le contrôle de la natalité a été appliqué aux femmes des territoires ultramarins.

Joy DeGruy, Post Traumatic Slave Syndrome, Uptone Press, 2005. Une grille de lecture des réflexes de survie transmis dans les familles afro-descendantes. Honnêtement : ce n'est ni dans le DSM-5 ni dans la CIM, et ce n'est validé par aucune instance clinique. Grille de lecture, jamais diagnostic.

Les mots, expliqués simplement

Descendants de survivants. Dans les années 1960, des cliniciens de Montréal constatent un nombre anormalement élevé d'adolescents en souffrance dont les parents étaient des rescapés des camps. Ce cadre existe, il est enseigné, il a ses revues. Il a été construit pour une histoire. Pour la nôtre, presque personne ne l'a fait. (Rakoff, Sigal et Epstein, 1966. Yael Danieli, 1998. Nathalie Zajde, Enfants de survivants, Odile Jacob, 1995.)

La coolitude. Khal Torabully, poète mauricien, reprend le mot "coolie", l'insulte collée aux engagés venus d'Inde après l'abolition, et la retourne en fierté. Exactement ce que Césaire avait fait avec "négritude". (Cale d'étoiles, Coolitude, 1992.)

La crypte et le fantôme. Un secret tellement honteux qu'on ne peut même pas le penser reste muré dans la personne, et passe quand même à l'enfant, qui le porte sans savoir de quoi il s'agit. Leur formule : ce ne sont pas les morts qui viennent hanter, mais les trous laissés en nous par les secrets des autres. (Abraham et Török, L'Écorce et le noyau, 1978.)

La loyauté invisible. La dette qu'on rembourse sans le savoir à ses parents et grands-parents, en reproduisant leurs choix ou leurs sacrifices. Le grand livre des comptes ne s'efface pas tant que personne ne l'a soldé. (Boszormenyi-Nagy et Spark, 1973.)

La clinique transculturelle. Une pratique hospitalière française où la langue maternelle a sa place dans la pièce, et où l'écart entre la culture de la personne et celle des soignants est un levier, pas un obstacle. (Tobie Nathan, Avicenne, 1979. Marie Rose Moro, 1987.)

L'engagisme, et pourquoi certains disent "servilisme". Après 1848, les plantations ont tourné avec des travailleurs sous contrat venus d'Inde, d'Afrique de l'Est, de Madagascar, de Chine. L'historien réunionnais Sudel Fuma a proposé de remplacer "engagisme", qui laisse entendre un libre engagement, par "servilisme".

Questions

Ce qu'on me demande le plus souvent.

C'est quoi exactement, La Grande Enquête ?

C'est un questionnaire de recherche, long, construit pour les familles afro-descendantes et indo-descendantes. Il sert deux choses en même temps.

Pour toi : tu ressors en sachant ce que tu portes, ce qui vient de toi et ce que tu portes pour quelqu'un d'autre.

Pour nous toutes et tous : les réponses constituent une base collective. Aujourd'hui, nos souffrances ne sont pas mesurées, donc pas financées, donc elles n'existent pas pour les institutions. Cette enquête sert à faire exister le chiffre.

C'est pour qui ?

Pour les personnes afro-descendantes et indo-descendantes, à La Réunion, en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, à Mayotte et dans l'hexagone. Les contenus partent de ces histoires-là, avec leurs langues, leurs familles et leurs archives.

Est-ce que c'est un suivi médical ?

Non. Je ne suis ni médecin ni psychologue, je ne pose aucun diagnostic et je ne remplace personne. Ce que je propose est de l'accompagnement et de la transmission. Si tu es suivie, continue de l'être, et parles-en à la personne qui te suit.

Je peux commencer si je ne connais pas mon histoire familiale ?

Oui, c'est même le cas le plus fréquent. Une partie du travail consiste justement à reconstituer ce qui manque, avec ce qui reste : les registres, les prénoms, les lieux, ce que disent les vieux, et ce qu'ils ne disent pas.